Alors que le Sénégal s’est fixé pour objectif d’éliminer le paludisme d’ici 2030, la mobilisation de tous les acteurs apparaît plus que jamais nécessaire pour franchir les dernières étapes. C’est dans cette perspective que des jeunes journalistes et reporters ont été réunis à jeudi, à Dakar autour des enjeux de la lutte contre cette maladie, au cours d’un atelier consacré notamment au paludisme, au genre et à l’engagement communautaire.
Organisée avec l’appui de la Convention des jeunes reporters du Sénégal (CJRS) et la Prévention nationale de la lutte contre le paludisme (PNLP), cette rencontre avait pour objectif de renforcer les connaissances des professionnels des médias sur les enjeux liés à la maladie et de les outiller afin qu’ils puissent mieux informer les populations. L’idée était également de permettre aux journalistes de mieux comprendre les disparités de transmission selon les zones et de produire des contenus susceptibles de contribuer à l’objectif national d’élimination.
Des progrès importants, mais des défis persistants
Le Sénégal a réalisé des avancées significatives dans la lutte contre le paludisme. Selon des données récentes communiquées dans le cadre de la lutte nationale, la morbidité palustre est passée d’environ 23 à 12 cas pour 1 000 habitants entre 2024 et 2025. Par ailleurs, plus de neuf districts sanitaires sur dix seraient désormais en phase de pré-élimination.
Ces résultats placent le pays dans une dynamique favorable, mais ne signifient pas pour autant que le combat est gagné. La situation épidémiologique reste très contrastée d’une région à l’autre.
Selon le Dr El Hadj Doucouré , médecin spécialiste en santé publique en service au Programme national de lutte contre le paludisme (PNLP), les défis varient fortement en fonction des territoires. Si le Nord connaît une transmission relativement faible, la situation demeure beaucoup plus préoccupante dans certaines zones du Centre et surtout du Sud-Est.
« De nouveaux défis apparaissent avec l’urbanisation et les grands chantiers susceptibles de favoriser la formation de gîtes larvaires. Dans les zones de faible transmission, l’enjeu consiste désormais à identifier et traiter les foyers résiduels pour interrompre durablement la transmission. Dans les zones où la transmission reste élevée, la priorité est d’abord de la faire reculer pour parvenir progressivement à une situation de contrôle, puis de pré-élimination », a-t-il ajouté.
La dernière étape sera aussi communautaire
Pour les acteurs de la lutte, atteindre l’élimination ne dépend pas uniquement des interventions médicales. La mobilisation des communautés constitue également un élément déterminant.
« Réussir l’élimination, c’est vrai qu’il faut des ressources financières, mais il faut surtout un engagement des communautés », a souligné le Dr El Doucouré , insistant sur la nécessité de faire comprendre aux populations les enjeux de cette dernière phase de la lutte.
Cette dimension communautaire renvoie notamment à l’utilisation correcte des moyens de prévention, à la recherche rapide de soins en cas de symptômes et au respect des recommandations sanitaires. L’OMS souligne également l’importance de l’appropriation du combat par les communautés, notamment à travers l’utilisation effective des moustiquaires imprégnées.
Les médias appelés à jouer leur rôle
Dans cette course vers 2030, les médias sont considérés comme des acteurs à part entière. Pour Papa Dibril Faye, chargé de plaidoyer à Speak Up Africa, les journalistes doivent aller au-delà de la couverture institutionnelle de la maladie.
Il les encourage notamment à sortir des rédactions, à aller à la rencontre des populations et à documenter les réalités vécues dans les différentes zones du pays. Une meilleure connaissance du terrain doit permettre, selon lui, de construire des récits plus pertinents et de porter des messages capables à la fois de sensibiliser les populations et d’interpeller les décideurs.
Les journalistes constituent aujourd’hui des relais sur lesquels le système de santé peut compter, à estimé de son côté Dr. Doucouré.
L’enjeu est donc de faire du traitement médiatique du paludisme un véritable outil de sensibilisation et de mobilisation. Informer sur les chiffres, expliquer les stratégies, donner la parole aux communautés, mais aussi mettre en lumière les difficultés rencontrées sur le terrain peuvent contribuer à maintenir la maladie au cœur des priorités publiques.
Une mobilisation à maintenir jusqu’en 2030
Le Sénégal dispose déjà d’une expérience importante dans la lutte contre le paludisme et entend capitaliser sur les progrès réalisés pour franchir un nouveau cap. Le PNLP a d’ailleurs engagé un nouveau cycle stratégique couvrant la période 2026-2030, avec l’ambition de poser les bases de l’élimination de la maladie.
Mais à moins de quatre ans de l’échéance fixée, la réussite de cet objectif dépendra de la capacité du pays à maintenir les efforts dans les zones où la transmission est faible, tout en renforçant les interventions dans les régions encore fortement touchées.
L’élimination du paludisme ne pourra donc pas reposer sur le seul système de santé. Elle nécessitera une mobilisation durable des communautés, des autorités, des partenaires, des médias et de l’ensemble des acteurs concernés.
Le défi est désormais de transformer les progrès enregistrés en une dynamique irréversible, jusqu’à atteindre l’objectif fixé : faire du paludisme une maladie éliminée du Sénégal
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