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Le Premier ministre Ahmadou Al Aminou Lo a prononcé, ce mardi, sa Déclaration de politique générale (DPG) devant une Assemblée nationale où la majorité ne lui est pas acquise, dans un climat marqué par la rupture entre le président Bassirou Diomaye Faye et son ancien parti, le Pastef, désormais dominant à l’hémicycle sous la présidence d’Ousmane Sonko.

Le chef du gouvernement a consacré une large partie de son intervention à la situation financière du pays. Il a annoncé qu’un accord technique avait été conclu le 1er septembre 2026 avec les services du FMI sur un nouveau programme de 36 mois au titre de la Facilité élargie de crédit, d’un montant d’environ 2,2 milliards de dollars, un programme axé sur l’investissement, la transparence et le rétablissement de la stabilité macroéconomique. Il a pris soin de distinguer sa démarche d’une restructuration : « Ce n’est pas une restructuration, c’est un reprofilage », consistant à allonger les maturités et renégocier les taux d’intérêt.

Sur les arriérés intérieurs, le Premier ministre a livré des chiffres jugés préoccupants : 1 956 milliards de francs CFA seraient dus aux entreprises sénégalaises et étrangères, avec une priorité donnée au règlement d’environ 2 400 dossiers considérés comme réguliers. Il a également pointé la faiblesse de l’épargne nationale par rapport aux besoins d’investissement, l’épargne représentant 24 % de la richesse nationale contre 31 % pour les investissements.

Sur le plan des relations avec l’institution de Bretton Woods, il a appelé à sortir des postures polémiques, plaidant pour des « relations objectives et cohérentes » avec le FMI et rappelant que le Sénégal en est membre au même titre que 190 autres pays.

Un aveu qui embrase les débats : « ajustement structurel »

Une formule du Premier ministre a immédiatement suscité la controverse jusque dans son propre camp politique d’origine. Selon plusieurs comptes-rendus, Al Aminou Lo a reconnu que le Sénégal se trouvait en situation d’ajustement structurel, une déclaration reprise en boucle par des figures du Pastef. L’ancienne porte-parole du gouvernement Marie Rose Khady Fatou Faye a réagi sur les réseaux sociaux, tandis que le député Amadou Ba a estimé que le Premier ministre « vient de mettre fin aux faussaires qui contestaient la restructuration de notre dette » et confirme le passage du pays au « 5e sous-sol ». Le responsable Pastef Waly Diouf Bodian a de son côté accusé l’exécutif de gouverner « dans la tromperie » et de pratiquer une gouvernance en trompe-l’œil.

Une opposition offensive

Du côté de Takku Wallu, la présidente du groupe Aïssata Tall Sall a interpellé le Premier ministre sur la cohérence de sa trajectoire, avançant que seulement 760 milliards de francs CFA seraient disponibles pour l’année 2026 et l’interrogeant directement sur la destination de sa politique. Le président du groupe, Abdou Mbow, a pour sa part livré un réquisitoire dénonçant un bilan gouvernemental jugé sans profondeur après neuf mois d’exercice.

Le député Guy Marius Sagna a livré l’une des charges les plus virulentes de la séance, reprochant au gouvernement d’avoir signé l’accord avec le FMI sans consultation préalable de l’Assemblée et annonçant le dépôt imminent d’une nouvelle procédure de mise en accusation contre l’ancien président Macky Sall, qu’il tient pour responsable de la crise de la dette.


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