À Dakar, les autorités africaines chargées de la protection des données personnelles sont appelées à renforcer leurs capacités d’action face aux nouveaux défis liés à la transformation numérique et à l’essor de la cybercriminalité.
Le président de la Commission des Lois, de la Décentralisation, du Travail et des Droits humains de l’Assemblée nationale, Abdoulaye Tall, a lancé cet appel lundi, à l’occasion de l’ouverture d’un atelier consacré à la protection et à la gouvernance des données personnelles.
La rencontre, organisée du 7 au 10 septembre à Dakar, rassemble plusieurs autorités africaines francophones intervenant dans le domaine de la protection des données.
Pour le parlementaire, le renforcement des moyens humains, techniques et financiers des institutions de régulation constitue aujourd’hui un enjeu majeur. Il estime que ces structures doivent être suffisamment outillées pour prévenir les violations de données personnelles et faire appliquer efficacement les législations existantes.
« Le véritable défi majeur, c’est l’accompagnement efficace de ces institutions de régulation, de protection et de prévention des données personnelles par des moyens conséquents », a-t-il déclaré.
Des infrastructures numériques de plus en plus vulnérables
Avec la place croissante du numérique dans les activités économiques et sociales, les risques liés aux cyberattaques deviennent également plus importants.
Abdoulaye Tall a notamment souligné qu’une attaque contre une infrastructure numérique stratégique pourrait avoir des conséquences importantes sur le fonctionnement de l’économie.
« Il suffit de paralyser une infrastructure numérique pour paralyser complètement l’économie », a-t-il averti.
Il a ainsi plaidé pour une meilleure anticipation des menaces et un renforcement des mécanismes de prévention et de sanction contre les auteurs d’infractions commises dans l’espace numérique.
La question de la cyberdélinquance est d’autant plus préoccupante que les structures chargées de la cybersécurité sont régulièrement sollicitées pour traiter des affaires liées à des atteintes aux personnes sur Internet.
Vers une meilleure harmonisation des politiques africaines
De son côté, Christelle Onana, responsable de l’unité de numérisation du Nouveau partenariat pour l’Afrique (NEPAD), a insisté sur la nécessité pour les États africains de passer des engagements politiques à leur mise en œuvre concrète.
Selon elle, les engagements pris au niveau continental doivent se traduire par des législations adaptées, des institutions solides et une meilleure coordination entre les différents acteurs.
Elle a rappelé l’importance du Cadre de politique des données de l’Union africaine, adopté en février 2022. Celui-ci vise notamment à favoriser une gouvernance harmonisée des données et à créer un environnement numérique africain sécurisé et digne de confiance.
La Convention de Malabo sur la cybersécurité et la protection des données à caractère personnel constitue également, selon elle, une étape importante dans la construction d’un cadre juridique continental.
Dans cette dynamique, plusieurs pays africains ont déjà sollicité un accompagnement technique. Au moins 36 États membres ont exprimé leur intérêt pour une assistance dans le cadre de l’Initiative pour la gouvernance des données en Afrique, tandis que des ateliers ont été organisés avec 21 pays afin d’identifier leurs besoins et priorités.
Le Sénégal comme expérience de référence
L’expérience sénégalaise occupe également une place importante dans les échanges. Le pays s’est doté dès 2008 d’une législation spécifique sur la protection des données à caractère personnel ainsi que d’une autorité chargée de veiller à son application.
La rencontre de Dakar doit ainsi permettre à la Commission de protection des données (CDP) de partager son expérience avec les autres autorités participantes.
Pendant quatre jours, les participants échangeront notamment sur les mécanismes de contrôle, la conformité, la sensibilisation des citoyens et les moyens de renforcer la coopération entre les autorités africaines.
À travers cette initiative, les participants ambitionnent de consolider les dispositifs de protection des données personnelles sur le continent et de favoriser l’émergence d’une gouvernance numérique plus sûre et mieux coordonnée.
En savoir plus sur MEDIA-FD
Subscribe to get the latest posts sent to your email.